Prix du Premier ministre pour l'excellence dans 
l'enseignement

Pratiques exemplaires 2008

Oui, il est possible d'aimer les sciences et les mathématiques

Oui, il est possible d'aimer les sciences et les mathématiquesComment peut-on concevoir un programme de sciences et de mathématiques qui suscite l'intérêt des jeunes filles? Pour cela, évidemment, il est préférable de n'avoir que des filles, comme c'est le cas d'Angela Magon qui enseigne la chimie et les maths à des filles de 11e et 12e année à l'école Queen Margaret's, à Duncan (Colombie-Britannique). Selon des recherches, le cerveau des hommes et des femmes est différent. Par conséquent, lorsqu'on leur confie les mêmes tâches, la façon dont l'information est traitée diffère totalement.

Lorsqu'on l'a embauchée comme chef du département de sciences en 2005-2006, Mme Magon a constaté que les résultats scolaires du département étaient faibles. En s'appuyant sur les recherches qu'elle avait faites, Mme Magon avait déjà une bonne idée de ce qu'elle voulait faire avec le programme des sciences. « La confiance en soi est un élément très important pour les filles. Dites, par exemple, à une fille qui obtient des A et des B en mathématiques 'Tu devrais t'orienter vers les sciences', elle vous répondra qu'elle n'est pas assez bonne. Le pire, c'est qu'elle le croit vraiment. » Enseigner tout en encourageant est donc très important. Les filles répondent bien au contact visuel. Mme Magon croit donc que cela contribue à établir une relation personnelle avec les élèves.

En termes pratiques, les approches en matière d'enseignement consistent à couvrir des sujets comme l'absorption et la densité, donc pas nécessairement les sujets les plus éclatants, mais Mme Magon se servira de tampons comme exemple et enchaînera ensuite avec des sujets comme le choc toxique. Ce genre de sujets attire l'attention de ses élèves. Elle se sert de la musique en chantant des chansons sur la chimie, comme par exemple The Elements Song, de Tom Lehrer. Mme Magon confectionne des biscuits avec son groupe, mais elle le fait en utilisant des formules chimiques et des conversions et des calculs que les élèves doivent faire. Elle invite une grande variété de conférenciers, notamment des femmes qui œuvrent dans le domaine des sciences. Elle dirige de nombreuses démonstrations. « Je crois qu'il faut faire, sans exception, une démonstration par jour; sinon je ne fais pas mon travail correctement et je me sens coupable », confie-t-elle.

Il est évident qu'en voyant ces démonstrations enflammées et ces solutions d'énigmes, le plaisir fait bien partie des sciences dans le cours de Mme Magon. Pour enseigner les maths, elle fera des tours de cartes, par exemple. Lorsque le groupe participe à une démonstration et travaille en équipe, tout devient une question de création de liens affectifs, explique-t-elle. On se regroupe pour qu'il se passe quelque chose. Tout cela fait partie de l'expérience, et cela comprend des excursions, une en particulier où le groupe est allé passer une semaine sur la côte ouest pour faire de la biologie marine. « Les jeunes prennent la mer sur des bateaux. Elles vivent les sciences », ajoute-t-elle.

Une bonne partie de ses efforts est axée sur le renforcement de la confiance. Mme Magon a remarqué que la transition de la 7e à la 8e année était problématique. Queen Margaret's a une école élémentaire mixte, de la maternelle à la 7e année et certaines filles s'inquiétaient du passage d'un milieu mixte à un milieu uniquement féminin. Mme Magon a proposé que les nouvelles élèves de 8e année passent une journée complète avec des élèves plus âgées pour faire des activités axées sur les sciences. Les aînées guidaient leurs cadettes, leur montrant ce qu'elles font au cours d'une journée ordinaire, montraient comment faire des expériences au laboratoire et devenaient, de fait, des enseignantes. Par la suite, le taux de transition s'est amélioré de façon spectaculaire.

Ce n'est pas tout. Depuis l'adoption de son approche axée sur les filles, les statistiques concernant les résultats scolaires sont enviables. Quatre-vingt-dix pour cent des élèves de 12e année suivent le cours de sciences, alors qu'il s'agit d'une matière facultative en Colombie-Britannique. Plus de 50 p. 100 de ces élèves suivent au moins deux cours de sciences et, en 2008, 60 p. 100 des finissantes ont choisi de se lancer dans une carrière scientifique. Les attitudes et les modèles de comportement positifs comptent pour beaucoup et prouvent que, oui, les filles peuvent prendre plaisir à faire des sciences et des maths et exceller dans ces domaines, si on les leur enseigne de façon attrayante.